Sud Ouest, lundi 20 juillet 2010

"Divin Accord"

Envie d'un festival d'été proposant de la musique classique de maniàre atypique ? Courrez donc à la 8e édition des Grands Crus Musicaux aux quatre coins de la Gironde, venez redécouvrir Chopin et d'autres virtuoses du 12 au 23 juillet au fil des appellations les plus prestigieuses du Bordelais. Pourquoi courir ? Parce que trois dates affichent déjà complets.
L'idée d'un festival tel que celui des Grands Crus Musicaux émane forcément d'une passion. Voire de plusieurs. Et Marc Laforêt est un homme passionné. Pianiste et concertiste français de renommée internationale, la musique classique représente une grande partie de sa vie. Mais ce qu'il affectionne aussi tout particuliàrement, c'est le patrimoine girondin, ses paysages et ses monuments. C'est de là que naît l'envie de proposer une grande échappée culturelle sur ce territoire. En 2003, premiàre édition des Grands Crus Musicaux. Parce que le vin fait partie de ce patrimoine, mais également parce que cela fait écho aux valeurs premiàres de la musique classique : exigence et raffinement. Alors donner des concertos dans le cadre magique des grands châteaux du Bordelais, apparaît comme une évidence. En somme, on goûte à la virtuosité comme à un grand cru classé. Parce qu'il s'agit bien de ça : " c'est l'alliance au plus haut niveau de la musique, du patrimoine et de l'aspect festif. C'est réunir les gens autour d'un certain nombre de sentiments partagés. C'est la conjonction de pleins de choses différentes mais sur lesquelles les gens peuvent se retrouver et partager ". Cette année, huit concerts dans six grands châteaux, parmi lesquels Smith Haut-Lafitte et Yquem pour ne citer qu'eux, avec des talents de renommée internationale, triés sur le volet - choix équilibré entre valeurs montantes et interpràtes tràs connus. Le festival a la spécificité de se dérouler sur l'ensemble du territoire, avec pour feuille de route quatre appellations, à l'instar des quatre points cardinaux. Et ce n'est pas un hasard, Marc Laforêt aimerait faire découvrir le département aux Girondins, à travers leurs campagnes et villes, afin qu'ils se l'approprient. Autre réjouissance propre à cette 8e édition, un répertoire orienté par la célébration du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin. Le festival a d'ailleurs reçu à cette occasion le label " Chopin 2010 ". Récital de piano, bien sûr, mais également une piàce-concert qui mêle écrits de Georges Sand et partitions de Chopin, telle une illustration de leur relation si particuliàre. Chopin au cÅ“ur de sa vie d'homme, voilà qui reste dans l'esprit d'ouverture que cultive depuis ses débuts la manifestation. Dans cette même optique, parce qu'il n'y aura pas que du Chopin, un récital surprenant du tràs grand pianiste Jean-Efflam Bavouzet autour d'Haydn, Debussy, Ravel et Schumann. Musique classique, grands crus classés … Que les néophytes se rassurent, nous parlons bien ici d'un festival ! Dans tout ce que cela comporte de dimension humaine. Parce que l'ouverture, Marc Laforêt ne la pratique pas que dans ses choix de répertoires ; c'est réellement ce qui le motive depuis toujours : partager et faire découvrir ses passions au plus grand nombre. " Le festival est un moment formidable pour les rencontres. C'est la possibilité de continuer d'échanger les émotions ou de discuter tout simplement apràs le concert. Les artistes, plus détendus que dans un cadre professionnel classique, viennent spontanément échanger avec le public. On refait un peu le monde autour d'un verre de vin. Ce sont des moments humains tràs forts ! " Il faut dire que cette formule a quelque chose de décomplexant : pas de codes, donc pas de sentiment d'exclusion, une ambiance chaleureuse. " Ici, ces mondes du classique et du vin sont abordés sous un angle tràs différent, et cela permet un décloisonnement entre public, artistes et lieux. Le brassage n'est possible que dans ce cadre magique de festival. " Et grâce au soutien des Scànes d'été de Gironde, les prix pratiqués sont tràs raisonnables, la gratuité a été mise en place pour les moins de 12 ans, pour permettre à des publics tràs différents d'accéder à ces moments.

Agathe Marion






Sud Ouest, lundi 20 juillet 2009
Martillac - Un très Grand Cru Musical



À 19 h 30, on fait déjà la queue pour avoir le billet qui permettra d'assister au concert de piano-chant programmé à 20 h 30. Une affichette, discrète, indique « complet », comme c'était le cas deux soirs plus tôt à Saint-Émilion. Le Festival des grands crus musicaux a donc solidement planté ses racines dans les différents terroirs viticoles de la Gironde (1). Au château Smith Haut Lafitte, ce sont plus de 300 personnes qui ont répondu présent samedi au rendez-vous fixé par Marc Laforet, directeur artistique du festival (2), pour un spectacle piano-chant dont il dira en préambule qu'« il réunit deux merveilleux artistes mais aussi deux merveilleuses personnes qui ont l'esprit humaniste et souhaitent le partage avec les autres ».

Un public subjugué
La première dira son émotion de se trouver dans un lieu aussi prestigieux et de chanter pour la première fois au milieu des vignes (3). Son père, le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus, dit d'elle qu'« elle a une très belle voix avec un timbre dont la rondeur n'a rien à envier au velouté d'un grand cru de Graves ». De la première à la dernière note du dernier rappel, Caroline Casadesus a subjugué le public dans un programme dont elle a précisé qu'il ne répondait à aucune logique. Le fait est qu'il enchaîne des oeuvres de compositeurs très divers, mêle les genres et les époques. Chevelure flamboyante, mince comme une liane dans un fourreau de couleur prune, la soprano joue de sa voix - merveilleuse, toujours placée où il faut - et se joue des difficultés des partitions avec une aisance qui masque tout ce que cela suppose de travail. Éblouissante dans l'air de Haendel, « Lascia ch'io Pianga », émouvante dans l'air de Marguerite, « L'Altra Notte », d'Arrigo Boïto, Caroline Casadesus ensorcelle le public avec la complicité de Bruno Rigutto. On devine sa prestigieuse carrière de soliste à travers deux oeuvres inscrites au programme et dont l'éclectisme correspond à celui des oeuvres chantées qu'il accompagne avec brio, à savoir un Nocturne de Chopin et « La Milonga del Angel », d'Astor Piazzolla. Brillants et pleins d'humour, Caroline Casadesus et Bruno Rigutto ont donné raison à Marc Laforet : ils sont « deux merveilleux artistes et deux personnes humanistes ». (1) D'autres concerts ont lieu dans des châteaux du Médoc, à Sauternes et Pessac. (2) Lui-même sera au piano demain au château d'Yquem et au château Pape-Clément, les 27 et 28 juillet. (3) La veille, elle se produisait à Cannes.
Suzy Vierge


Diapason n°571, juillet-août 2009
L'ivresse en plus

On connaît le principe du festival des "Grands Crus Musicaux" qui fête sa septième édition: chaque concert, donné dans un célèbre "château" du Bordelais, est suivi d'une dégustation. De quoi vous mettre le vin à la bouche!
Cette année, la liste des manifestations et de leurs lieux s'est allongée.(...)Les habitués découvrirons trois nouveaux domaines prestigieux : Lascombes, Léoville Poyferré et Pape Clément qui s'ajoutent aux Canon, Smith Haut Lafitte et Yquem.
L'affiche est comme toujours alléchante avec les pianistes Cédric Tiberghien, Bruno Rigutto, Anne Queffélec, mais aussi Caroline Casadesus, Nemanja Radulovic, les Wanderer et les jeunes Modigliani jouant sur des instruments uniques (taillés dans le même arbre par Vuillaume). C'est au mythique Château d'Yquem que se tiendra le concert phare (déjà archicomplet), donné en hommage à Pierre Sancan par quatre de ses anciens élèves: Jean-Philippe Collard, Abdel Rahman El Bacha, Yves Henry et Marc Laforet (fondateur et directeur artistique du Festival).
A consommer sans modération!
Arielle Goupil



Diapason - Juillet août 2007

Vendange chambriste
Ce n'est pas la première fois que l'on rapproche musique et grands vins. Mais la cinquième édition des « Grands Crus musicaux » prouve que l'expérience peut perdurer sous les meilleures auspices. Pianiste chevronné, Marc Laforêt a créé cette manifestation originale et en assure la direction artistique depuis l'origine. Il a réussi à s'adjoindre désormais, en plus des Giscours, Canon, et Smith Haut-Lafite, le château d'Yquem. Excusez du peu! Des lieux prestigieux qui ne se contentent pas d'offrir une acoustique souvent exceptionnelle (Giscours) mais aussi, en fin de soirée, une dégustation à laquelle le public est invité. A grands crus, grands artistes: Nicholas Angelich ouvre les festivités dans les chais de Smith Haut-Lafite avec Bach, Mozart, Schumann. Au même endroit, Renaud Capuçon et Marc Laforêt dialogueront dans Franck, Janacek et « Le Printemps » de Beethoven. Au château Giscours, Nikolaï Lugansky conviera Schumann et Ravel (Gaspard de la nuit). La semaine suivante, détour par château Canon pour entendre Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel (Saint-Saëns, Grieg, ou Romance oubliée de Liszt). Bouquet final au château d'Yquem: l'étincelant Nemanja Radulovic dans un programme virtuose - « Les trilles du diable » - où le jeune violoniste serbe aura tout loisir de démontrer sa virtuosité... enivrante.

Arielle Goupil



Le Monde de la Musique n°322 - Juillet Août 2007
Les acteurs de la musiques
Une ivresse toute spirituelle

Sauternes, Saint-Emilion, Margaux... Ces noms évoquent les plaisirs les plus raffinés. C'est à ces noms-là que le pianiste Marc Laforet a voulu relier la musique.
« J'ai eu l'idée de ces concerts car j'ai toujours aimé cette région, nous dit Marc Laforet. Il n'y avait alors aucun festival à la mesure de ces propriétés qui ont un charme très particulier. Elles sont loin des villes, en pleine nature ». Ces lieux, ce sont les Châteaux Smith Haut-Lafite, Giscours, Yquem, dans lesquels il y a chaque soir un concert suivi d'une dégustation d'un grand cru classé. « Le festival se déroule sur quatre appellations différentes, nous sommes itinérants. Yquem est venu s'ajouter cette année pour la première fois. Le concert s'y déroulera en plein air, avec une salle de repli. » C'est le tout jeune violoniste Nemanja Radulovic qui va inaugurer Yquem avec des Trilles du Diable qui vont aller comme un gant à ce virtuose. Pour entendre Bach, Mozart et Schumann sous les doigts de Nicholas Angelich, puis Beethoven, Janácek et Fauré par Renaud Capuçon et Marc Laforet, quoi de mieux qu'un cru de Graves, un Château Smith Haut-Lafite ? Que dire de Prokofiev, Liszt et Ravel par le pianiste Nikolaï Luganski pour déguster le Margaux Château Giscours ? Ou de Liszt, Saint-Saëns et Grieg d'Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel pour apprécier le Saint-Émilion Château Canon ? Marc Laforet n'oublie pas les jeunes talents. « Parmi ces six concerts, l'un que j'ai nommé "Grands espoirs" est consacré à des musiciens en tout début de carrière. Cette année, le Quatuor Modigliani et le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, mes coups de coeur. »

N. K.




Sud Ouest, lundi 16 juillet 2007, p.11

L'ÉTÉ EN GIRONDE: Musique classique. Le festival des Grands Crus Musicaux propose une superbe affiche pour sa cinquième édition, avec une dominante piano.

Grande année pour les Grands Crus

Le maitre mot du festival des Grands Crus Musicaux est "prestige": celui des artistes comme celui des châteaux qui les accueillent. Avec, pour la première fois cette année la participation d'yquem, on atteint assurément l'apogée du prestige viticole, et l'on ne s'étonne pas que ce concert de clôture affiche d'ores et déjà complet, d'autant que le programme, avec l'éblouissant Nemanja Radulovic accompagné par l'ensemble Illico et le contrebassiste Stanislas Kuchinski, est à la hauteur. une affiche haut de gamme. Mais c'est toute l'affiche de cette cinquième édition qui se révèle remarquablement brillante. Les amateurs de piano y sont à la fête, ce qui n'a rien d'étonnant: on peut reconnaitre à Marc Laforet, directeur artistique du festival, quelques lumières sur le sujet... C'est l'admirable Nicholas Angelich qui ouvre, à Smith haut lafitte, avec Bach, Mozart et Schumann. On entendra à nouveau ce dernier quelques jours plus tard à Giscours, sous les doigts de Nikolai Lugansky, non moindre artiste qui s'était fait un peu rare depuis quelques temps: occasion très bienvenue de le retrouver. Jean-Frédéric Neuburger, aperçu aux Victoires de la musique, partage une soirée Grands Espoirs avec le quatuor Modigliani, lauréat comme lui des Young Concert Artists Auditions de New York en 2006. Quant à Pascal Amoyel, il est tout naturellement accompagné de sa compagne, Emmanuelle Bertrand, la superbe violoncelliste que l'on sait. On attend beaucoup de leur concert au château Canon. Le fondateur du festival lui-même se produit en duo avec Renaud Capuçon, dans un exigeant programme de sonates("Le Printemps" de Beethoven, Janacek, Franck) qui ne devrait pas être l'un des moindres bonheurs de ces Grands Crus Musicaux singulièrement séduisants.

Luc Bourrousse





Diapason - Septembre 2007
Cru classé

Remarquable concert d'ouverture du festival des grands Crus Musicaux avec Nicholas Angelich au Château Smith Haut Lafitte. Élégance du toucher et fluidité du contrepoint dans la Suite Anglaise n°2 de Bach. On oublie que le piano n'est pas un Steinway mais un Kawai, tant la sonorité est limpide et dorée. Mais c'est avec Mozart que le miracle se produit. Avec la célèbre Sonate KV 330 dont Angelich donne une lecture à la fois enfantine et profonde, bouleversante de simplicité. Dans les Arabesque et Fantasiestücke op.12de Schumann, son sens du chant, sa palette et son instinct poétique font merveille. Deux jours plus tard, même lieu, une Sonate "Le Printemps de Beethoven jouée avec éclat par Renaud Capuçon et Marc Laforet. Les deux artistes s'entendent à défendre un Beethove plein d'allégresse, dont les idées mélodiques se nourrissent déjà des plus vifs contrastes dynamiques. Dans l'Adagio, la sonorité chaude du magnifique Guarneri de Renaud Capuçon ( qui appartenait à Isaac Stern) émet des couleurs et des accents troublants de voix humaine. Grand moment aussi avec la Sonate de Franck pour laquelle tous deux trouvent le ton juste.

Arielle Goupil


Sud Ouest, lundi 23 juillet 2007, p.11
Le piano de Nicholas

MARTILLAC Un pianiste exceptionnel au château Smith haut Lafitte pour les Grands Crus Musicaux. Il avait fallu rajouter des chaises pour accueillir le public venu écouter Nicholas Angelich, précédé par sa réputation de "pianiste exceptionnel", c'est à dire que la grande salle du château Smith Haut Lafitte était bondée... Né aux États-Unis, l'artiste, qui a travaillé avec les grands maitres, qui se produit avec les grands orchestres internationaux et qui a reçu en Allemagne le prix des jeunes talents, se présentait en soliste devant les spectateurs fidèles aux Grands Crus Musicaux pour interpréter la Suite anglaise n°2 de Jean-Sébastien Bach et la Sonate KV 330 de Mozart en première partie d'un programme qui laissait ensuite la place à robert Schumann("Arabesques" et "Fantasiestucke"). Nicholas Angelich est apparu très concentré sur son jeu, très technique: attaques puissantes, nuances subtiles, notes qui cascadent, orages qui grondent dans le piano, certaines oeuvres, notamment dans les "Fantasiestucke" sont de vrais morceaux de bravoure. Le public écoute religieusement et applaudit à tout rompre, ce qui ne semble pas établir une relation privilégiée avec l'artiste. Celui-ci accorde pourtant trois bis généreux, le troisième étant enfin l'occasion d'entendre le son de sa voix, le temps d'une courte phrase.

Suzy Vierge



Le Monde de la Musique n°312 - Septembre 2006
Nous y étions

Tchin tchin !
Tant de festivals se cherchent une âme et une raison d'être. Le tout jeune Festival des Grands Crus Musicaux les a tout de suite trouvées.
L'idée est merveilleusement efficace : un festival itinérant permettant d'explorer une région et d'en découvrir les richesses. Dans le Bordelais, la richesse est vite trouvée : le vin. Le Festival des Grands Crus Musicaux sillonne pendant une semaine la région et s'arrête dans quelques châteaux exceptionnels pour un concert suivi d'une dégustation. Les lieux sont choisis à la fois pour la beauté du cadre, la qualité des crus et celle des acoustiques. Cette année, les fidèles ont pu apprécier le Château Giscours, un margaux, le Château Smith haut Lafitte, un excellent pessac-léognan, et le Château Canon, dans le Saint- Emilion. Musicalement, 2006 est aussi un excellent cru : un récital de Brigitte Engerer, un autre de Marc Laforet, directeur artistique du festival, ainsi qu'un alléchant programme de mélodies françaises par le contre-ténor Philippe Jaroussky. Juliette hurel à la flûte et Hélène Couvert au piano enchantent le public de leurs grâces et de leur formidable entente musicale dans la Sonate « Undine » de Reinecke et la Sonate op.77 n°1 de Haydn. La maitrise qu'a Juliette Hurel du timbre et de la sonorité de son instrument n'est plus à vanter, et son duo avec la pianiste rayonne de complicités. Quant à Laurent Korcia, qui reprend le programme de danses de son dernier album, il est comme à l'accoutumée impressionnant de virtuosité et de présence, notamment dans la sonate pour violon seul n°3 d'Ysaÿe et la Polonaise n°1 de Wieniaski. Tzigane de Ravel clôture le concert en beauté. Pour l'accompagner Dominique Plancade, pianiste fin au jeu clair et sans chichi. Jouant seul deux Danses espagnoles de Granados et trois Préludes de Debussy, il révèle une simplicité simple et spontanée. A l'issue du concert, le vin, bien sur, fonctionne à merveille comme moteur de convivialité et de bonne humeur.

J.S



Diapason - Juillet août 2006
Voir & entendre

In vino musica
Entre musique et vins, Marc Laforet (notre photo), excellent pianiste français, lauréat du prestigieux Concours Chopin de Varsovie, pense qu'il existe de nombreuses correspondances. Aussi, décide-t-il en 2003 de créer le festival des « Grands Crus Musicaux ». L'édition 2006 reste fidèle à l'idée de départ : unir concerts et... dégustation de quelques bonnes bouteilles ! Cinq soirées sont prévues au coeur des chais. Et pas n'importe lesquels : ceux des châteaux Giscours, Smith Haut Lafitte et Canon. Par chance, l'acoustique de ces hauts lieux viticoles est très satisfaisante. Celle de Château Giscours est même exceptionnelle. Dans ce cadre inhabituel, on pourra entendre un récital de Brigitte Engerer appariant notamment le Carnaval de Schumann à deux Nocturnes de Chopin. Au Château Smith Haut Lafitte, ne manquez pas d'aller entendre la flûte très musicienne de Juliette Hurel accompagnée par la pianiste Hélène Couvert. Au même endroit, le violon de Laurent Korcia, avec Dominique Plancade au piano, s'épanouira dans un programme construit sur le thème de la danse. Et l'on ne manquera pas, avant de tremper ses lèvres dans un verre de Château Canon, d'apprécier le style et le toucher racés de Marc Laforet dans ses oeuvres de Bach, Brahms, Beethoven et Chopin. De beaux plaisir en perspective, pour l'ouïe et... le palais !

Jean-Marie Piel

Diapason - Septembre 2006
Vu & entendu

Le flacon et l'ivresse
Il ne suffisait pas d'avoir l'idée originale (et vite copiée) d'associer vin et musique, encore fallait-il que cette dernière puisse aussi engendrer l'ivresse. Le créateur et directeur artistique du festival Les Grands Crus Musicaux, Marc Laforet, s'y est employé avec succès. Par la qualité conjointe des lieux, des programmes et des interprètes. Son propre récital, au beau milieu des chais étincelants de Château Canon, mit déjà la barre très haut, avec, notamment un Intermezzo n°2 op.117 de Brahms d'une simplicité et d'une beauté inoubliables, et avec une Sonate n°2 op.35 de Chopin magnifiquement racée, laissant un sentiment d'évidence stylistique, comme si le pianiste, lauréat du Concours Chopin de Varsovie, parlait là sa langue natale. Deux jours plus tard on eut à nouveau le flacon et l'ivresse avec le récital de Philippe Jaroussky admirablement accompagné par Jérôme Ducros. Le flacon, car on peut difficilement rêver acoustique mieux adaptée à la musique de chambre que cette grange providentielle nichée au coeur du vaste domaine de Château Giscours. La clarté miraculeuse du lieu permit d'apprécier la fascinante musicalité du contre-ténor dans un programme original et risqué rassemblant des mélodies de Fauré, Chausson, Hahn et Debussy : on n'attendait pas Philippe Jaroussky dans un tel répertoire. Enchantement total. On retrouvait en un même artiste la concentration, la dynamique et les couleurs infiniment subtiles d'un Alfred Deller jeune et l'intensité dramatique comme la projection d'un Paul Esswood. Du très grand art dans un lieu divin.

Jean-Marie Piel

   
 
 
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